Mesures de risque · Essentiel · 5 min

Risques de marché, crédit, contrepartie, liquidité, opérationnel

Objectif: Distinguer les grandes familles de risque financier : marché, crédit, contrepartie, liquidité, opérationnel.

Vocabulaire

Risque de contrepartie
Le risque que l'autre partie à un contrat (souvent un dérivé de gré à gré) ne remplisse pas ses obligations, distinct du risque de crédit sur un titre de dette classique.

Intuition

"Le risque" en finance n'est pas une notion unique : une même position peut être exposée simultanément à plusieurs familles de risque très différentes dans leur nature, leurs causes et la façon de s'en couvrir — les confondre conduit à une gestion des risques incomplète, où une couverture contre un type de risque laisse l'exposition à un autre totalement ignorée.

Définition

Le risque de marché est l'exposition aux mouvements des prix, taux ou volatilités (déjà largement couvert via les Greeks, M07). Le risque de crédit est le risque qu'un émetteur de dette fasse défaut (M03-2). Le risque de contrepartie est spécifique aux contrats bilatéraux (dérivés de gré à gré) : le risque que la contrepartie du contrat, pas l'émetteur d'un titre, ne remplisse pas ses obligations. Le risque de liquidité est le risque de ne pas pouvoir acheter ou vendre un actif rapidement sans impact significatif sur son prix (déjà rencontré pour les produits structurés, M11-1). Le risque opérationnel couvre les pertes dues à des défaillances internes (erreurs humaines, systèmes informatiques, fraude) plutôt qu'à des mouvements de marché.

Utilité

Cette typologie structure toute l'organisation de la gestion des risques d'une institution financière (départements distincts, mesures et réglementations spécifiques à chaque type) et rappelle qu'une position peut sembler "couverte" sur un plan (par exemple, delta-neutre sur le risque de marché) tout en restant pleinement exposée à un autre risque totalement différent (crédit de la contrepartie du swap utilisé pour la couverture, par exemple).

Exemple concret

Une banque qui achète une protection contre le risque de défaut d'une entreprise via un CDS (M03-6) réduit son risque de crédit sur cette entreprise, mais reste exposée au risque de contrepartie : si le vendeur du CDS lui-même fait faillite au moment où la protection devrait se déclencher, la couverture ne fonctionne pas — exactement le scénario qui a amplifié la crise de 2008 avec l'effondrement de certains vendeurs de protection majeurs.

Toujours bloqué ? Une autre façon de voir les choses

Gérer les risques financiers, c'est comme sécuriser une maison contre plusieurs dangers distincts : une alarme anti-intrusion (risque de marché) ne protège pas contre un incendie (risque de crédit), qui ne protège pas contre un dégât des eaux causé par un voisin négligent (risque de contrepartie), qui ne protège pas contre le vol d'un employé de maison (risque opérationnel) — chaque risque nécessite sa propre protection spécifique.

Formule indispensable

Variables, unités et hypothèses

  • — Perte potentielle liée à la défaillance d'une contrepartie sur un contrat bilatéral, distincte du crédit d'un émetteur
  • — Perte due à une défaillance interne (processus, systèmes, personnes), indépendante des mouvements de marché

Hypothèses: Décomposition additive simplifiée à but pédagogique ; en pratique, ces risques interagissent et ne s'additionnent pas toujours simplement (voir stress tests, M13-risques-a).

Unités: Perte dans la devise du portefeuille.

Exemple concret: Une position peut être parfaitement couverte en risque de marché (delta-neutre) tout en restant totalement exposée aux quatre autres catégories de risque.

Calcul détaillé

1) Pour chaque position ou portefeuille, identifier séparément l'exposition à chacune des cinq familles de risque. 2) Vérifier qu'une couverture mise en place pour un type de risque ne crée pas ou n'ignore pas une exposition à un autre type (par exemple, une couverture via dérivé de gré à gré introduit du risque de contrepartie). 3) Appliquer les outils de mesure appropriés à chaque famille (Greeks pour le marché, VaR de crédit ou spread pour le crédit, limites d'exposition pour la contrepartie, ratios de liquidité pour la liquidité, cartographie des incidents pour l'opérationnel).

Interprétation

Une gestion des risques complète nécessite de cartographier ces cinq familles séparément pour chaque position, plutôt que de se concentrer uniquement sur le risque le plus visible ou le plus facilement mesurable (souvent le risque de marché). Les crises financières les plus graves impliquent typiquement l'interaction de plusieurs risques simultanément (un choc de marché déclenchant des défauts de crédit, qui déclenchent à leur tour des défaillances de contrepartie et un assèchement de liquidité).

Pièges

Croire qu'une position "couverte" (par exemple, delta-neutre) est totalement sans risque, en oubliant les risques de contrepartie, de liquidité ou opérationnel qui subsistent indépendamment de la couverture de marché. Autre piège fréquent : sous-estimer le risque opérationnel car il ne provient pas de mouvements de marché et semble donc moins "financier", alors qu'il a causé certaines des plus grandes pertes de l'histoire bancaire (fraude, erreurs de trading).

Trois points à retenir

  1. 1Cinq grandes familles de risque : marché, crédit, contrepartie, liquidité, opérationnel — chacune distincte dans sa nature et sa gestion.
  2. 2Une couverture contre un type de risque peut laisser une exposition totale à un autre type, voire en créer une nouvelle.
  3. 3Les crises les plus graves impliquent typiquement l'interaction simultanée de plusieurs de ces risques.
Approfondir / démonstration

La distinction entre risque de crédit et risque de contrepartie, souvent confondue, est cruciale en pratique réglementaire : le risque de crédit sur une obligation est un montant fixe connu (le nominal), tandis que le risque de contrepartie sur un dérivé (par exemple un swap, M04-2) varie dans le temps avec la valeur de marché du contrat lui-même — un swap qui a une valeur de marché positive pour vous représente une exposition de contrepartie, mais cette exposition peut devenir nulle ou même s'inverser si le marché évolue, ce qui explique pourquoi la réglementation (CVA, M13-reg-a) exige un calcul dynamique de cette exposition plutôt qu'un montant fixe comme pour le crédit obligataire classique.

Mini-quiz de cette notion

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