Options vanilles et stratégies · Essentiel · 8 min
Stratégies optionnelles classiques
Objectif: Comparer call spread, put spread, straddle, strangle, butterfly, collar et risk reversal : fonctionnement, usage, risques.
Avant de continuer
Il faut savoir combiner des payoffs de call et de put, et connaître la notion de valeur intrinsèque / valeur temps.
Vocabulaire
- Débit / crédit net
- Le coût net (débit) ou le gain net (crédit) encaissé à la mise en place de la stratégie, selon que les primes achetées dépassent ou non les primes vendues.
Intuition
Combiner plusieurs calls et puts permet de sculpter un payoff sur mesure : parier sur une hausse limitée moins cher qu'un call seul, parier sur un mouvement fort sans savoir dans quel sens, ou se protéger à coût réduit. Chaque stratégie classique répond à une vue de marché précise.
Définition
Call spread (bull ou bear) : acheter un call et en vendre un autre de strike différent, pour réduire le coût en échange d'un gain plafonné. Straddle : acheter un call et un put de même strike, pour parier sur un fort mouvement sans direction connue. Strangle : la même idée avec des strikes différents (moins cher, demande un mouvement plus grand). Butterfly : combinaison de trois strikes qui profite d'un marché stable autour du strike central. Collar : détenir le sous-jacent, acheter un put (protection) financé par la vente d'un call (plafonnant le gain). Risk reversal : vendre un put et acheter un call (ou l'inverse), pour une exposition directionnelle à coût réduit voire nul.
Utilité
Ces stratégies permettent d'exprimer une vue précise (direction, amplitude, volatilité) tout en maîtrisant le coût et le risque, plutôt que de se limiter à un call ou un put isolé qui coûte plein prix pour un pari souvent trop large.
Exemple concret
Un investisseur anticipe une hausse modérée d'une action à 100. Plutôt que d'acheter un call K=100 (prime 8), il met en place un bull call spread : achète le call K=100 (prime 8) et vend un call K=110 (prime 3). Coût net = 8 − 3 = 5, contre 8 pour le call seul, mais le gain est plafonné à (110−100) − 5 = 5 si le titre dépasse 110, contre un gain illimité pour le call seul.
Toujours bloqué ? Une autre façon de voir les choses
Voyez chaque stratégie comme un compromis entre coût et plafond : vendre une option pour financer partiellement celle qu'on achète réduit toujours le risque payé, mais coupe aussi le potentiel de gain au-delà d'un certain seuil. Straddle et strangle sont l'exception : ils ne parient pas sur une direction mais sur l'AMPLITUDE du mouvement — peu importe le sens, seul le fait de bouger beaucoup (ou peu, si on les vend) compte.
Formule indispensable
Variables, unités et hypothèses
- — Strike du call acheté (plus bas)
- — Strike du call vendu (plus haut)
Hypothèses: Payoff brut, avant déduction du coût net (débit) de mise en place de la stratégie.
Unités: Même devise que le sous-jacent, par unité.
Exemple concret: K1=100, K2=110, S_T=115 : Payoff = 15 − 5 = 10 (plafond atteint : 110−100=10).
Calcul détaillé
1) Identifier les strikes et le sens de chaque jambe (achat/vente). 2) Calculer le payoff de chaque jambe séparément à l'échéance : max(S_T−K,0) pour un call acheté, −max(S_T−K,0) pour un call vendu (et symétriquement pour les puts). 3) Additionner tous les payoffs des jambes. 4) Soustraire le coût net payé (ou ajouter le crédit reçu) à la mise en place pour obtenir le profit net.
Interprétation
Vendre une jambe pour financer l'autre transforme toujours un profil de gain illimité en un profil plafonné : il n'y a pas de gratuité, seulement un arbitrage explicite entre coût réduit et potentiel de gain réduit. Comprendre cet arbitrage est la clé pour choisir la bonne stratégie selon sa vue de marché et son budget de prime.
Pièges
Confondre straddle/strangle (pari sur l'amplitude, position longue en volatilité) avec un spread directionnel (pari sur le sens). Autre piège fréquent : oublier que vendre une jambe non couverte (par exemple un put nu dans un risk reversal) expose à une perte potentiellement illimitée ou très importante, contrairement aux spreads où les deux jambes bornent mutuellement le risque.
Trois points à retenir
- 1Spreads (bull/bear) : réduisent le coût en échange d'un gain plafonné, pari directionnel modéré.
- 2Straddle/strangle : parient sur l'amplitude d'un mouvement, pas sur sa direction.
- 3Collar et risk reversal combinent achat et vente d'options pour ajuster le coût d'une exposition directionnelle ou de couverture.
Approfondir / démonstration
Un butterfly (achat K1, vente de 2×K2, achat K3, avec K1<K2<K3 équidistants) peut se décomposer comme la différence entre deux call spreads adjacents (K1-K2) et (K2-K3) : cette décomposition explique pourquoi son coût est toujours faible (il profite d'un scénario très précis) et pourquoi son Gamma est fortement positif autour de K2 mais négatif ailleurs (voir M07). Le collar, en particulier le "zero-cost collar" où le strike du call vendu est choisi pour que sa prime finance exactement celle du put acheté, est très utilisé en gestion de trésorerie d'entreprise pour couvrir une position actions existante sans déboursé de prime, au prix d'un renoncement au potentiel de hausse au-delà du strike du call — un compromis qui doit être choisi consciemment, pas subi.