Trading et microstructure · Essentiel · 7 min

Market making, arbitrage, momentum, mean reversion

Objectif: Décrire les logiques de market making, d'arbitrage, de momentum et de mean reversion.

Avant de continuer

Il faut connaître les types d'ordres et le principe du levier.

Vocabulaire

Spread bid-ask
L'écart entre le meilleur prix d'achat (bid) et le meilleur prix de vente (ask) affiché sur un marché, source de revenu principale du market maker.
Retour à la moyenne (mean reversion)
L'hypothèse qu'un prix qui s'écarte significativement de sa valeur "normale" a tendance à y revenir, à l'opposé du momentum.

Intuition

Les stratégies de trading se distinguent fondamentalement par l'hypothèse qu'elles font sur le comportement des prix : le market making parie sur la stabilité et la liquidité à très court terme, l'arbitrage exploite une incohérence de prix garantie sans risque directionnel, le momentum parie que "ce qui monte continue de monter", et le mean reversion parie exactement l'inverse — ces quatre logiques peuvent coexister sur le même marché, chacune exploitant un pattern différent.

Définition

Un market maker cote en permanence un prix d'achat (bid) et un prix de vente (ask), captant le spread bid-ask comme rémunération du service de liquidité fourni, tout en gérant activement le risque d'inventaire (le risque de se retrouver avec une position déséquilibrée après une série d'ordres dans le même sens). L'arbitrage exploite une différence de prix entre deux marchés ou instruments économiquement équivalents (par exemple, la parité call-put, M05-3), générant un profit sans risque directionnel si l'écart se referme. Une stratégie momentum achète les actifs qui ont récemment surperformé, pariant sur la persistance de la tendance ; une stratégie mean reversion fait l'inverse, pariant sur un retour vers une moyenne historique après un écart jugé excessif.

Utilité

Comprendre ces quatre logiques permet d'identifier la nature réelle du risque pris par une stratégie donnée : un market maker prend un risque d'inventaire à très court terme, un arbitragiste prend surtout un risque d'exécution (l'écart pourrait se refermer avant qu'il ait pu boucler ses deux jambes), tandis que momentum et mean reversion prennent un vrai risque directionnel, chacun pariant sur un comportement de marché opposé.

Exemple concret

Un market maker sur une action cote un bid à 99,95 et un ask à 100,05 (spread de 0,10). S'il achète 1000 actions à 99,95 puis les revend à 100,05 dans la minute, il capte 100 € de profit sans avoir pris de vue directionnelle sur l'action — mais s'il accumule un déséquilibre d'inventaire (beaucoup plus d'achats que de ventes) sur une action qui chute ensuite, il subit une perte de marché malgré sa stratégie théoriquement neutre.

Toujours bloqué ? Une autre façon de voir les choses

Le market maker est comme un bureau de change qui gagne sur l'écart entre son prix d'achat et de vente de devises, sans parier sur la direction du taux de change. L'arbitragiste est comme quelqu'un qui repère qu'un même article coûte moins cher dans un magasin que dans un autre et profite de la différence en achetant-revendant. Le trader momentum suit la foule qui se précipite vers une sortie de concert, pariant qu'elle continue dans la même direction ; le trader mean reversion, lui, parie que la foule finira par se disperser et revenir à un état plus calme.

Formule indispensable

Variables, unités et hypothèses

  • — Nombre de cycles achat-vente complétés (round trips)
  • — Perte liée à un déséquilibre d'inventaire non couvert, si le prix évolue défavorablement pendant que le market maker détient une position nette

Hypothèses: Modèle simplifié ; en pratique, la gestion du risque d'inventaire (ajustement dynamique des cotations bid/ask) est le principal défi opérationnel du market making.

Unités: Profit dans la devise de cotation.

Exemple concret: Spread de 0,10 sur 1000 cycles complétés = 100 unités de profit brut, avant déduction du coût d'inventaire éventuel.

Calcul détaillé

1) Pour le market making, calculer le spread capté sur chaque cycle complété et surveiller le déséquilibre d'inventaire net. 2) Pour l'arbitrage, identifier deux instruments économiquement équivalents et calculer l'écart de prix net des coûts de transaction, en s'assurant que les deux jambes peuvent être exécutées simultanément. 3) Pour momentum/mean reversion, définir une fenêtre d'observation et un seuil de déclenchement (par exemple, un rendement récent au-delà d'un certain percentile), puis backtester rigoureusement (M13-trading-c) avant tout déploiement réel.

Interprétation

Momentum et mean reversion sont des hypothèses fondamentalement contradictoires sur le même marché : leur coexistence s'explique par le fait qu'elles opèrent souvent sur des horizons temporels différents (momentum plus efficace à court/moyen terme, mean reversion plus pertinent sur certains horizons de très court terme intraday ou de très long terme) et sur des types d'actifs différents. Un market maker rentable n'a généralement AUCUNE vue directionnelle : sa rentabilité vient de la régularité du spread capté, pas d'un pari sur le marché.

Pièges

Confondre l'arbitrage "pur" (théoriquement sans risque, mais rare en pratique à cause des coûts de transaction et du risque d'exécution) avec des stratégies simplement qualifiées d'"arbitrage" par abus de langage mais qui portent en réalité un vrai risque directionnel résiduel. Autre piège : appliquer une stratégie momentum ou mean reversion sans tester sa robustesse sur différentes périodes de marché (haussier, baissier, latéral), un pattern qui fonctionne dans un régime peut totalement échouer dans un autre.

Trois points à retenir

  1. 1Le market making capte le spread bid-ask en gérant activement le risque d'inventaire, sans vue directionnelle.
  2. 2L'arbitrage exploite une incohérence de prix entre instruments équivalents, en principe sans risque directionnel.
  3. 3Momentum et mean reversion parient sur des comportements de prix opposés, souvent sur des horizons temporels différents.
Approfondir / démonstration

Le risque d'inventaire d'un market maker se modélise formellement (modèle d'Avellaneda-Stoikov et dérivés) comme un compromis entre capter le spread le plus large possible (plus de profit par transaction, mais moins de volume exécuté) et ajuster asymétriquement les cotations bid/ask en fonction du déséquilibre d'inventaire actuel (coter un bid plus bas si l'inventaire est déjà trop long, pour encourager les ventes et rééquilibrer la position) — un problème d'optimisation dynamique sous incertitude qui a des points communs profonds avec la gestion delta d'un livre d'options (M07-4), les deux consistant à gérer activement une exposition résiduelle dans le temps plutôt qu'à la couvrir une fois pour toutes.

Mini-quiz de cette notion

…